CD: DEUXIÈME LIVRE DE SONATES

François Francœur connut ses plus grands succès avec ses opéras écrits en collaboration avec François Rebel (que son père Jean-Féry éclipse de nos jours par l'audace de son « Chaos » ouvrant la suite « Les Eléments »). La brillante carrière de ce duo inspiré aurait-elle contribué à freiner l'essor de la musique instrumentale chez Francœur après que ses sonates pour violon aient joué un rôle significatif dans l'évolution esthétique de son temps ? Malgré l'intérêt qu'elles représentent, les enregistrements de ces œuvres ne sont pas légion. Celui de l'ensemble Daimonion vient compléter les très convaincantes explorations de l'ensemble Ausonia parues en 2001 chez Calliope et en 2005 chez Alpha (mouvements de sonates entremêlés d'airs de cantates). Des deux livres de sonates publiés en 1720 et 1730, c'est manifestement le second qui concentre l'attention des interprètes : des douze pièces qui le constituent, huit ont déjà été enregistrées tandis que le Premier Livre s'ouvrit pour se refermer sur une seule de ses dix sonates (Ausonia chez Calliope). Les attrayantes caractéristiques spécifiques de cette rescapée laissent espérer que ce livre sera prochainement exploré plutôt que de se voir proposer à nouveau comme ici (sonates n°2, n°6 et n°10) des doublons. Partageant avec l'ensemble Ausonia les vertus d'un idiomatisme né de la rigueur et de l'intégrité dans la pratique de l'ornementation et du phrasé, l'ensemble Daimonion ne parvient à en égaler le lyrisme (notamment dans le mélancolique rondeau de la sixième sonate). Négligeant par ailleurs de varier comme ses prédécesseurs l'instrumentarium de la basse continue, ce trio a éludé la nécessité d'une appréciable diversité de climats sonores et expressifs. Bien plus que le génial Jean-Marie Leclair dont le Premier Livre de sonates de 1723 inaugure une ère nouvelle par sa technique affûtée aux plus récentes innovations italiennes et son invention mélodique au relief sans précédent, Francœur privilégie le registre français des langueurs et de la noblesse pleine de retenue et de gravité héritée de la viole de gambe. Cependant, rien n'y justifiant une apparence éthérée ou décharnée, sa musique réclame de l'interprète plus de présence, de tendresse, d'hédonisme, d'intimité avec les œuvres, pour qu'en émane cette chaleur et ce rayonnement du chant qui depuis Corelli firent comme s'incarner dans le violon le charme irrésistible d'Orphée. Poursuivant comme ses contemporains français et italiens la fusion envisagée ponctuellement par le maître romain entre sonata da chiesa (adagios introductifs) et sonata da camera (mouvements de danse), Francœur sut préserver l'équilibre et le raffinement. N'étant pas dépourvu du sens des nuances requis, l'ensemble Daimonion pourrait à l'avenir gagner nos faveurs sans réserve en redéfinissant dans ses couleurs un idéal sonore et en s'autorisant davantage d'abandon et de sensualité. (Pascal Edeline)

Pascal Edeline